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mercredi 14 décembre 2016

Vivre ensemble dans l’espace méditerranéen

Il nous faut d'abord nous interroger sur cette belle formule du « vivre-ensemble ». Qu'est-ce que vivre ensemble? Est-ce vivre pacifiquement sur un même espace les uns à côté des autres? De façon juxtaposée? Oui, c'est cela, mais encore ? Cela ne suffit pas. 


On peut vivre ensemble et s'ignorer. Ce qu'il faut, c'est vivre avec les autres, et surtout agir ensemble. Agir ensemble dans cet espace méditerranéen, ou plutôt dans ce monde méditerranéen, qui s'étend du Proche-Orient au Portugal en passant par la mer Noire. 
C'est-à-dire dans cet ensemble de territoires imprégnés par la culture méditerranéenne constituée des apports assyriens, phéniciens, grecs, romains, arabes, chrétiens et musulmans et de bien d'autres.
Voulant définir la nation, Renan disait : « Ce qui constitue une nation, ce n'est pas de parler la même langue ou d'appartenir à un groupe ethnique commun, c'est d'avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore à l'avenir. » Ce qu'écrivait Renan à propos de la nation vaut pour le vivre-ensemble en Méditerranée.
Depuis l'Antiquité, de grandes choses, de très grandes choses ont été faites dans l'espace méditerranéen, au point que la civilisation méditerranéenne a irrigué toutes les parties du monde. Les trois rives n'ont jamais cessé d'échanger, de communiquer, les hommes se sont déplacés librement, les idées ont circulé. Ibn Khaldoun est aussi célèbre au nord de la Méditerranée qu'à l'est et au sud. Né à Tunis, « le père de la sociologie » meurt au Caire. Averroès, dont l'influence sur nombre de philosophes européens a été considérable, est né à Cordoue et mort à Marrakech.
Avicenne, philosophe, écrivain, médecin dont l'influence fut si importante dans l'ensemble du monde méditerranéen et au-delà, naît dans l'actuel Ouzbékistan et meurt dans l'actuel Iran. Hérodote, Grec né dans l'actuelle Turquie, voyage beaucoup (en Égypte, en Perse, il séjourne à Tyr, etc.) et s'intéresse à tous les peuples de la Méditerranée. Le « Père de l'histoire », comme l'appelle Cicéron, qui est aussi l'un des premiers géographes, finit sa vie en Calabre. Saint Augustin, Berbère fait ses études à Milan ; sa mère sainte Monique meurt sur le port d'Ostie alors qu'elle allait s'embarquer pour l'Afrique du Nord, pour Hippone. Rome a connu des empereurs nés sur la rive sud de la Méditerranée. L'Afrique du Nord a été chrétienne avant la Gaule. Le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord comptent en importance et en beauté sans doute plus de sites romains que l'Italie.
Pour pouvoir agir ensemble, il est nécessaire d'avoir à l'esprit ce socle commun. Aujourd'hui, il nous faut faire prendre conscience aux peuples de Méditerranée de ce passé extraordinaire, mettre en évidence ce que nous avons été capables de faire ensemble et démontrer que sur ces bases nous pouvons et devons reconstruire. Nous devons toucher les peuples. Nous ne pouvons plus nous contenter de laisser « courir » les idées. Mais n'attendons plus que les initiatives viennent des États ; elles doivent venir de la société civile. « L'Union de la Méditerranée », même réduite, sous des pressions diverses, à « l'Union pour la Méditerranée », n'a pu voir le jour. Tout est dit. Les États n'agiront que sous la pression de la société civile.
Les intellectuels ont le devoir d'agir. Ils doivent se regrouper avec cette grande ambition de faire enfin naître un jour une « Union de la Méditerranée » et agir, à la fois, sur les gouvernements et sur les peuples. Et l'action sur les peuples passe par l'instruction. Les peuples veulent apprendre, et c'est des intellectuels d'abord qu'ils doivent recevoir l'instruction nécessaire avant que les États jouent enfin leur rôle à partir de l'école maternelle. Tout passe d'abord par une meilleure connaissance les uns des autres. Mais pour mieux se connaître, il faut d'abord mieux se comprendre. « Mieux se connaître pour mieux se comprendre. » Cela suppose un apprentissage par l'enseignement, le dialogue, l'échange et le partage.
Le chemin est long, mais ce n'est pas une raison pour ne pas l'emprunter. Car nous savons bien que nous ne pourrons vraiment vivre pleinement tous ensemble et sans préjugés dans le monde méditerranéen que lorsque : le terrorisme aura été vaincu, la démocratie aura gagné, la souveraineté des États aura été respectée. En somme, il s'agit de respecter l'être humain et le cadre dans lequel il veut vivre et ne rien lui imposer (nous devons avoir à l'esprit – entre autres – l'implosion de l'URSS, de la Tchécoslovaquie et de la Yougoslavie). Chaque peuple a une histoire, une culture que nous devons reconnaître. Cela passe, évidemment, par le respect des minorités culturelles et linguistiques.
« L'appel de Beyrouth pour une Méditerranée du vivre-ensemble » constitue une base excellente ; il nous faut maintenant instruire, convaincre et construire.

Par Denis FADDA (Président international de la « Renaissance française ») 
Source de l'article l'Orient le Jour

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